09.09.2008

Musique à l'école

 

 

 

Ecole et musique

 

Depuis quelques années, l’éducation artistique à l’école a permis à beaucoup d’élèves de s’ouvrir à des activités qui apportent un peu de beauté humaine, et la musique en fait partie. Dans les années 50, tous les écoliers faisaient du théâtre, à l’école primaire, en préparant un spectacle de fin d’année, qu’on donnait sur une vraie scène, à la Maison du Peuple de Pierre-Bénite, à côté de Lyon. Dans ces petites pièces, chaque enfant avait un rôle, comprenait que chacun à sa place dans l’ensemble, en interprétant un rôle parlant, en faisant une figuration, en fabriquant les costumes et les décors.

Chacun pouvait éprouver ses qualités d’orateur, s’exercer à parler en public, petits jeux pouvant améliorer les facultés individuelles d’expression .

Et prendre un peu de confiance en soi.

Les nouvelles dispositions concernant l’enseignement modifient considérablement l’organisation de ces activités. N’étant pas un expert de la chose pédagogique, je vous renvoie à un spécialiste, Gérard Authelain, maître d'oeuvre des livrets "les enfants de la Zique" offerts aux enseignants qui mettent chanson et musique dans leurs programmes d'éducation artistique.

Je ne sais pas quel peut être le poids des réactions individuelles, ou collectives, mais il me semble que tous les parents, et grands parents, sont concernés, et peuvent, ou doivent exprimer leurs points de vue, mettre un peu de vie dans son art, et un peu d'art dans sa vie, ça ne peut pas faire de mal. Aux actes citoyens, on n'est jamais à l'abri d'une bonne nouvelle.

Norbert  Gabriel

 

 




Voici une lettre ouverte sur le danger de la "réforme" de la musique en milieu scolaire. A la lecture de cette lettre, je me dis que nos missions et celles des DUMIstes ne sont pas très éloignées.
Il me semble aussi que nous avons notre mot à dire quand nous constatons un recul de la présence de la musique dans la société....

En arrière toute !

Les enfants des écoles primaires ne sont pas dans la rue.  Quand ils y seront, en 2015 ou 2020, le mal sera fait, il sera trop tard : les lycéens ou étudiants qu'ils seront devenus n'auront pas eu l'éducation artistique à laquelle ils avaient droit et qu'on leur avait promise.  Je dis bien « éducation », c'est-à-dire conduite à travers un parcours qui les fasse sortir d'eux-mêmes en les ouvrant à des pratiques nouvelles pour eux. En musique comme en pédagogie, on appelle cela « accompagnement ».  Je n'ai pas dit « instruction publique », comme au temps de la première école républicaine, ou comme les produits de remplacement proposés aujourd'hui avec l'intronisation d'une heure d'histoire de l'art (dont il n'y a pas besoin d'être prophète pour deviner qu'elle viendra aisément en remplacement de toute pratique).

Gravissime ? Oui, car si l'on parle musique, ou théâtre, ou peinture, il ne suffit pas de connaître les biographies des grands compositeurs ou des artistes de renom, il ne suffit pas d'avoir vu en reproduction à l'aide d'un vidéo projecteur quelques tableaux de Paul Klee ou Van Gogh, il ne suffit pas d'avoir écouté le Carnaval des animaux ou Pierre et le Loup.  Depuis longtemps on sait qu'un enfant apprend les choses en les expérimentant, qu'il apprend à parler en parlant, à écrire en faisant des rédactions, à gérer son patrimoine de billes ou de bonbons en faisant de l'arithmétique appliquée.

Faire de l'histoire de l'art sans passer aux actes (à savoir chanter, développer un geste rythmique, tenir un pinceau, porter haut et fort une parole en public), c'est raconter les mouvements de la nage en paroles et en images, et laissant à d'autres le soin de les mettre en ouvre dans une piscine.  Repousser après le temps de l'école, dans les structures associatives (c'est-à-dire privées), le temps de l'expérimentation, de la mise en ouvre, c'est sous couvert de libre choix accepter que seuls aient accès aux pratiques artistiques les enfants dont les familles s'en préoccupent ou ceux qui en ont les facilités d'accès.  C'est revenir aux années 1970 et antérieures, en ces époques où il était de bon ton de dénigrer l'école française par rapport aux Allemands ou aux Anglais qui, eux, savaient chanter, parce qu'ils faisaient cela dès leur plus jeune âge
dans les structures scolaires.

Et pourtant la France a inventé depuis 25 ans une profession qui a révolutionné les pratiques musicales à l'école, en ville comme dans les terres rurales les plus reculées : le musicien intervenant à l'école.
Celui-ci est un praticien de la musique dûment patenté, avec une spécialisation acquise au bout de deux années complètes de formation de haut niveau en matière de pratiques vocales, pratiques collectives, pédagogie, entraînement à l'innovation, aptitude au partenariat.  Ils sont environ 4000 diplômés en 2008, très souvent employés par les conservatoires et les écoles de musique qui marquent ainsi, à la demande des municipalités, un vrai souci pour l'éducation de tous à travers l'enseignement général.  Dans un rapport largement diffusé émanant d'un inspecteur général de l'Éducation nationale, l'auteur préconise que les familles puissent, pour l'éducation artistique, s'adjoindre les services d'un précepteur qui serait payé selon les modalités en vigueur avec le CESU.  De qui se moque-t-on ? Bien sûr, les responsables de l'Éducation nationale, dans leur réflexe endémique de corporatisme, continuent à dire qu'il n'y a pas besoin de ces professionnels.  Le bulletin officiel de leur organisme les ignore majestueusement : la musique à l'école primaire est faite par les instituteurs.  Sauf que cette fanfaronnade ne tient pas un instant : il n'y a pratiquement plus de formation musicale dans les IUFM pour les futurs professeurs d'école. Si l'enseignant n'a pas bénéficié, par chance familiale ou volonté personnelle, d'une bonne pratique musicale, il n'y a guère de risque que les élèves d'une école primaire s'attaquent à une pièce contemporaine comme celles que proposent les éditions Mômeludies ou dépassent en chanson le niveau du petit pont de bois et de l'enfant au tambour.  Prendre un enfant par la main, a pourtant chanté Duteil, c'est aussi « pour l'emmener vers demain, pour lui donner confiance en son pas ».
Donc « En arrière toute ! » : le ministre de l'Éducation nationale a décidé de supprimer deux heures de cours par semaine, ce qui favorise la politique de réduction des effectifs des enseignants.  Ce qui aura surtout l'effet de pénaliser d'abord les matières « gratuites », c'est-à-dire celles qui ne servent ni à compter, ni à lire, ni à écrire.  Et pour que ça ne se voie pas, on met à la place un cours d'histoire de l'art en nous faisant croire que la priorité à l'éducation artistique est sauvée du naufrage.

De ce fait, tout sera reporté en « hors scolaire ».  On en revient aux temps de l'animation socio-culturelle, on aura des séances de pratiques musicales où seront exclus tous ceux qui dans le secteur rural sont soumis aux horaires des « cars de ramassage » (et où évidemment on n'aura pas un transport supplémentaire pour les 20 % qui souhaiteraient faire de la musique à partir de 17 heures).  On pénalisera tous ceux qui ne s'inscriront pas dans ces temps hors scolaires, à cause d'une image que l'école ne leur aura pas permis de rectifier par une pratique active et dynamisante, avec un musicien intervenant qui sait faire autre chose qu'apprendre à chanter le répertoire des chants patriotiques comme le voulait Jean-Pierre Chevènement.
Mauvaise foi évidente : il faudra que les inspecteurs de l'Education nationale nous expliquent comment une éducation de l'enfant, qui selon eux et à juste titre, doit pouvoir être ressaisie par l'instituteur dans l'ensemble des acquis pour être assimilée (c'est pour cela que les musiciens intervenants sont obligés de travailler en étroite collaboration avec les enseignants), pourra être désormais profitable quand elle sera faite en hors scolaire sans la présence dudit enseignant.

Nous appelons avec vigueur les professeurs des écoles, les musiciens intervenants, les directeurs d'écoles de musique, les maires et adjoints aux affaires scolaires, à ne pas se laisser entraîner dans cette voie catastrophique pour l'avenir de la jeune génération : nous n'en paierons les dividendes que dans 5 ou 10 ans, mais il sera trop tard, les actuels responsables qui nous valent ces périls auront leur retraite assurée et on les aura oubliés.  Ils seront peut-être même bénévoles dans des associations de soutien, mais le mal aura été fait.  Que les motifs qui les animent aujourd'hui soient financiers, idéologiques, ou relèvent de l'incompétence, peu importe : la résistance s'impose par tous les moyens.  Pour les enfants.
Pour la dignité humaine que nous permet de développer l'accès à la culture et la pratique des arts.  Pour l'avenir qui se prépare aujourd'hui et dont on nous demandera compte.


Gérard Authelain,

président de la « Plateforme des associations régionales du spectacle vivant »,

ancien directeur du CFMI Rhône-Alpes

 

http://www.leducation-musicale.com/

 

 

 

 

 

 

01.09.2008

Etre ou ne pas être en scène

 

Show, scène and biz

 

Face aux convulsions économiques du monde musical, écrivait Le Monde, le PDG de Live Nation, Michael Rapino, est arrivé à la conclusion qu’il ne pouvait se contenter des concerts pour continuer à grandir. D’où une boulimie d’acquisitions, depuis les organisations de tournées jusqu’à la gestion de lieux de concerts (170 dans le monde, dont le Fillmore à San Francisco, le réseau américain House of Blues, la Wembley Arena à Londres...), en passant par les ventes de billets, de tee-shirts ou l’édition de sites internet de fans. Live Nation a même mis un pied dans la production de disques (domaine jusqu’alors réservé aux maisons de production) depuis l’arrivée spectaculaire de Madonna.

Le monde du spectacle évolue, avec un rôle de plus en plus important de la scène dans la carrière d’un artiste. Pour ceux qui trouveraient ça follement new-look, rappelons que jusqu’en 1955, un artiste était consacré par l’enregistrement d’un disque après avoir été consacré par la scène. De cette vérité de base, l’économie du spectacle voit arriver quelques super-majors qui mettent la main sur tout ce qui concerne les tournées : le concept « 360 degrés » c’est un contrôle total, de tout ce qui concerne un artiste, avec des concerts « clés en main » et un plateau complet. Un des inconvénients possibles de ce pack préfabriqué, tient à l’hégémonie conduisant à des situations manichéennes, soit tu es dans ce système, soit tu n’existes pas.

Un peu comme les effets pervers des top 50, et des têtes de gondole : tu es en tête de gondole si tu es dans le top 10, sinon ? Sinon rien.

Quand une méga structure aura pris le leadership en achetant les salles de spectacles les plus importantes, en ayant sous contrats les artistes les plus connus donc les plus rentables, quelle place restera-t-il aux artistes en développement réfractaires aux grands ensembles bien formatés ?

Et les festivals qui font des plateaux sur mesure, pourront-ils proposer ces rencontres inter-artistes quand les décisions seront prises en amont par les gestionnaires décisionnaires ?

Déjà que les majors du disque sont assez réticentes à ce genre de rencontre, quand elles ne font pas tout pour les empêcher, l’inter convivialité sera gravement hypothéquée par ces nouvelles structures.

Le problème n’est pas nouveau, dans « Questions à la chanson » Moustaki raconte comment un duo avec Barbara a été saboté par les deux maisons de disques, et 35 ans après, une rencontre Moustaki-Olivia Ruiz a été ... disons tellement soumise à des tergiversations, contre-temps,ou imprévus, qu’elle n’a pas eu lieu. (je dois préciser que Moustaki ne revient jamais sur la parole donnée, alors que les intermédiaires d’Olivia Ruiz chez Polydor n’ont pas été très coopératifs, c’est le moins qu’on puisse dire)

Tout va reposer sur l’autonomie des artistes, laquelle dépend de sa notoriété, on tourne en rond. Cette autonomie est toujours relative, à part Jean Louis Murat qui a l’air d’être seul décisionnaire de ses choix artistiques, il y a toujours des interventions, de la part de l’entourage proche ou moins proche. C’est Hallyday à qui son ex a refusé le disque de blues qu’il voulait faire, et dont l’entourage « proche » a récusé les chansons que Thiéfaine et Paul Personne avaient proposées, à sa demande... Si le blues c’est ce qu’on a dans le cœur et les tripes, on peut douter de l’authenticité de ce Johnny blues.

C’est un ACI talentueux à qui on refuse l’enregistrement d’une chanson, chanson que Claire Diterzi a récupérée illico. (plus libre, Claire Diterzi ? plus exigeante ??)

Après les diktats des maisons de disques, qui ont depuis longtemps oublié la notion de création (pour la plupart) voici le diktat des entrepreneurs qui composeront des plateaux sans avis concertés, ce qui n’est pas nouveau, mais on risque d’aller vers une segmentation de plus en plus étroite. Dans un festival, on peut très bien envisager un co- plateau avec Jeanne Cherhal et Olivia Ruiz,(Francos 2004) je ne suis pas sûr que dans le concept « 360° » ce soit toujours possible, si les artistes ne sont pas dans la même structure économique.

Jules Frutos, cogérant d’Alias (producteur des spectacles de Cure ou Jamiroquai) et du Bataclan (salle de concert à Paris) explique au Monde : « Il y a de fortes chances pour que Live Nation tente d’acheter toutes les salles de concert en France qui seront à vendre. » Également président du Syndicat national des producteurs, diffuseurs et salles de spectacles (Prodiss), il estime que l’arrivée de Live Nation en France « remodèlera sans doute le paysage, quitte à ce qu’il y ait un peu de casse ».

De combien la casse ? et dans quel secteur ? on risque de voir s’amplifier le grand écart des années « life in the bar » une multitude de petits lieux permettant à des jeunes de faire leurs débuts, mais un gros trou entre le bistrot à 30 spectateurs, et le Zénith. Les petites salles d’une centaine de places (le Sentier des halles par exemple, ou le café Ailleurs) qui ont été un vivier sans équivalent n’ont pas pu tenir quand les loyers ont été augmentés dans des proportions déraisonnables. Alors peut-être faut-il compter sur les pouvoirs publics, pour rouvrir les Trois Baudets, par exemple, pour mettre à disposition des salles de 100 à 150 places, permettant un vrai spectacle, dans de bonnes conditions, comme La Reine Blanche. Hélas, les pouvoirs publics ne sont pas toujours très concernés par la scène chanson à ce qu’il semble. Voir France –Inter et la suppression de  Pollen et ses concerts gratuits. Pourtant, les municipalités étaient très demandeuses de ces soirées multiculturelles, chanson, musiques urbaines, slam,  rock et rap...

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De toute manière, il serait bel et bon que les artistes qui entrent dans la carrière ne soient pas obligés d’être leurs propres producteurs, leurs propres tourneurs. Chanter dans une salle qu’on a louée, et se demander si les entrées vont couvrir les frais, et phantasme absolu, payer les musiciens, n’est pas la meilleure mise en condition pour faire un bon spectacle.

Imagine, comme disait Lennon, des artistes chantant devant un public qui a payé sa place, (avant un demi) dans un lieu qui paye un cachet, c’est pas très compliqué comme idée, utopique ? peut être, mais on n‘est jamais à l’abri d’une bonne nouvelle.

 

Norbert Gabriel

Photos NG : Tiken Jah Fakoly, (Pollen Nanterre 2007) et Kwal (La Maroquinerie 2008)