04.01.2010

Les tartines à Pierrot

« Les tartines à Pierrot ». (j’ai la mémoire qui chante, sur un air de clarinette..)

 

J'ai la mémoir' qui chante

Je me souviens très bien

On habitait cette grande maison

Dite le Petit Perron

C’était le temps c’était le temps

Des jeudis des enfants

Et d’un saxo, d’une clarinette

Qui me tournaient la tête.

             (adaptation de circonstance)             

 

 

 

Chaque fois que je me fais une tartine grillée, je pense à Pierrot et sa clarinette. Et à ses tartines, pas celles de la clarinette, les tartines à Pierrot. Et je pense souvent à lui, et du coup, je vais mettre sur la platine un bon vieux Bechet, tiens « La nuit est une sorcière » ou « La colline du Delta » ou encore un Gershwin, « Rhapsody in blue » avec cette intro de clarinette fabuleuse, un glissando qui part du Mi grave pour monter au Do suraigu, il n’y a qu’une clarinette qui puisse faire ça. Et ça me fait penser à Pierrot. Tonton Pierrot, c’était mon oncle, mais on l’a toujours appelé Pierrot. A l’époque de ces fameuses tartines, Pierrot est un jeune homme de 20/22 ans, mince et brun, c’est l’amoureux d’Ada, la sœur de ma mère, mais Ada, c’est plus une grande sœur qu’une tatan*, voilà pourquoi je les appelle Ada et Pierrot. A l’époque des tartines en question, ils sont mariés, et Pierrot est musicien, en plus d’ouvrier très qualifié dans une grande usine, musicien de clarinette et de sax alto. C’est la clarinette qui m’a le plus fasciné, c’est un instrument d’une puissance et d’une souplesse étonnantes, et en plus elle se démonte en 5 ou 6 morceaux, et elle tient dans un petit coffret grand comme une boite à cigares, des havanes, mais quand même. Mais je sens que vous piétinez en attendant la tartine, j’y viens. Donc Pierrot est musicien le week-end, pas que les balloches du sam’di soir ou du dimanche, il y avait parfois des tournées à l’étranger, comme cette tournée en Tunisie, qui est à l’origine des tartines ... Ah enfin, voilà les tartines !!!

Il faut vous dire que cette tournée ou ce voyage avait valu à l’orchestre de fréquenter un ou plusieurs grands hôtels, d’y découvrir des choses qu’on ne voyait qu’au ciné quand on est né à Pierre Bénite, banlieue Sud-Sud-Ouest de Lyon, banlieue ouvrière et maraichère peu équipée en hôtel de luxe. Je sais même pas s’il y avait un hôtel tout court. Au retour de cette tournée Pierrot nous a ouvert une porte sur des mondes aux plaisirs inconnus, insoupçonnés, et ça, avec une tartine. Une sorte de rôtie...

L’effet de cette tartine, c’est comme l’effet papillon, qui bat des ailes dans votre jardin et qui déclenche un tsunami en Australie, la tartine de Pierrot était magique, en plus d’être grillée, ou plus exactement parce qu’elle était grillée. C’est toute la différence, la tartine normale, beurrée, trempée dans le café au lait, parfois avec confiture, c’était l’ordinaire quotidien du petit déjeuner, et parfois du goûter. En ce temps-là, vous ai-je dit que j’avais dans les 7/8 ans ? on se tartinait généreusement de bon pain amélioré, beurre, confiture ou chocolat, de ce pain à la croûte craquante, et à la mie savoureuse. La magie de la tartine à Pierrot, c’était de la passer au four, pour qu’elle soit dorée et croustillante dessus, et moelleuse dedans. Beurrée, bien sûr... Avec le beurre fondant sur la mie dorée... Je ne sais pas si vous percevez la dimension de la merveille ? Peut-être pas... Proust avec sa madeleine faisait un voyage dans le passé, dans des sensations retrouvées, mais la tartine à Pierrot, elle m’envoyait dans des mondes de luxe, de voluptés et de plaisirs édéniques, des paradis lointains, des mondes imaginaires qui n’étaient pas que des phantasmes impalpables, il y avait du réel, quelque part, ailleurs, la preuve ? la tartine, pardi !

Peut-être trouvez-vous qu’il y a un peu d’emballement hypertrophié dans cette tranche de vie, et de pain... Evidemment, aujourd’hui, pour une tartine grillée, vous mettez le pain pré-tranché dans un machin électrique, vous appuyez sur un bidule, et hop, ça saute avec pétulance dans votre tasse de café, ou de thé, ou de chocolat, mais à Pierre-Bénite, banlieue... (voir plus haut) en ces années-là, faire une tartine grillée était une œuvre délicate, exigeant savoir-faire et doigté, l’outil disponible était la cuisinière familiale, polyvalence garantie, four, chauffage, chauffe-eau, à bois ou à charbon, avec des cuivres à faire briller, pour faire joli ... Et faire griller une tartine dans un four de cuisinière à charbon sans la calciner, la tartine, en trouvant la juste mesure pour qu’elle soit dorée dessus et moelleuse dedans, c’est autre chose que d’appuyer sur un bitonio électrique , et lire le journal en attendant. Un travail d’artiste de la clarinette et du sax alto, ayant fait un voyage en Tunisie : Pierrot !

Voilà comment les mondes entrevus dans les films américains, avec Ava Gardner, Gary Cooper, Rita Hayworth, James Stewart... se sont concrétisés, par des sensations gustatives nouvelles, avec des produits du quotidien sublimés par un musicien Pierrot Grilli.

De Pierre-Bénite. Chacun ses aristocraties.

Et quand j’ai la mémoire qui chante mes jeunes années (si je vous dis que j’ai 35 ans et demi, vous allez bien vous douter que c’est pas tout-à-fait vrai) il y a toujours ces moments particuliers, vraiment privilégiés, qui portent plus les lendemains qui chantent, que la nostalgie d’un passé révolu. Et dans cette mémoire qui chante, une clarinette, parfois rieuse, parfois bluesy, toujours vivante.

On n’est jamais à l’abri d’une bonne nouvelle.

 

Norbert Gabriel.

 

Ne m’en veuillez pas si je dédie cette page en particulier à Ada, (et Pierrot), et Liliane, Gilbert, (et Patrice)

Et à la maison du Petit Perron, décor de la scène de « la tartine à Pierrot ». Au dernier étage, la porte à droite dans la galerie, "notre" galerie, seuls occupants du dernier étage

 

monument-historique_medium.jpg

Coordonnées géographiques  Latitude : 45.7036   Longitude : 4.82417,

Façade à l'Est pour le soleil du matin

 

Pour la B.O. : les clarinettes vintage de Benny Goodman, les clarinettes klezmer de Sirba Octet, un coup de Rhapsody in blue, et de « La colline du Delta » (un introuvable, en quelque sorte la negro rhapsody de Sidney Bechet, qu’il n’a pas enregistrée, mais, Claude Luter l’a fait, c’est du sax soprano, et c’est somptueux) et Michel Portal..

 

NB : entre les souvenirs d’enfance des années lointaines, et les réminiscences du patois lyonnais, une ou deux précisions, « tatan » est la forme enfantine lyonnaise de tante, comme la tartine à Pierrot, sonne plus vrai que la forme rigoureuse « la tartine de Pierrot »

Et, last but not least, Sidney Bechet n’est pas là par hasard, quelques années après les tartines, Pierrot Grilli jouait dans un orchestre qui accompagnait Bechet quand il passait dans la région de Lyon.

 

Rezvani-Bassiak a écrit exactement (avec sax et clarinette d’origine, il n’y a pas de hasard..)

 

J'ai la mémoir' qui flanche

J'me souviens plus très bien

Habitait-il ce vieil hôtel

Bourré de musiciens

Pendant qu'il me pendant que je

Pendant qu'on f'sait la fête

Tous ces saxos, ces clarinettes

Qui me tournaient la têt'.

 

 

 

29.09.2009

Chanter c'est pas faire semblant


Véronique  Sanson   « Sans regrets »  1992


C’était le 26 Septembre 2009... à Meaux


Elle avait le regard de ceux qui vont mourir

Comme si elle se voyait mal et qu’elle voulait en rire

Elle ajustait sa voix pour qu’elle vienne à  son cœur

Qu’il ne sache jamais comment une femme meurt.


Il y a bien  25 ans, un soir autour de minuit, j’ai entendu à la radio Nina Simone, elle chantait dans un festival de jazz, et j’ai découvert Sinnerman. Sur disque, c’est 10’29, ce soir là c’était dans les 12 minutes. Je connaissais, un peu, Nina Simone, comme tout le monde, par ses disques. Mais ce soir-là, je me suis demandé ce qui pouvait pousser cette femme à une telle incandescence dans l’expression scénique, comme si elle jouait sa vie. Après avoir consulté sa biographie, j’ai compris deux ou trois choses, pourquoi elle a fini sa vie en France, pourquoi elle a quitté les Etats-Unis... Enfant surdouée, elle ne peut devenir concertiste classique, son rêve absolu, le Curtis Institute de Philadelphie ne saurait accueillir une noire. Tout est là. Sa révolte, son chagrin, ses excès, son désespoir parfois sublimé par des « Sinnerman » d’anthologie.

Nina Simone sera toute sa vie une battante jamais résignée pour une Amérique plus juste, une Amérique qu’elle fuit, pour s’installer définitivement en France en 1994.

Pourquoi Nina Simone aujourd’hui ? Pour Véronique Sanson. Son concert de samedi aux Muzik’Elles fut un peu chaotique, en fluctuant, certes, sans mergitur, et il y eût les trois dernières chansons. On en était à deux heures de concert, deux heures, et alors, seule au piano, seule en scène, Véronique Sanson a chanté « Visiteur et voyageur, Ma révérence, Quelques mots d’amour », et là, j’ai réentendu Sinnerman, ce désespoir en musique de Nina Simone, et j’ai cru comprendre ce que vivait Véronique Sanson, la scène c’est ma vie, toute ma vie, ailleurs je ne suis rien, c’est mon radeau de survie, ailleurs, je me noie...  C’est moi qui ai cru entendre ça, je ne sais pas comment réagissaient mes voisins de parterre, ce qu’ils ont pensé, mais c’était bouleversant, le sentiment de voir quelqu’un qui essaye de ne pas sombrer, et qui s’accroche à son piano comme à la dernière bouée de sauvetage.

J’imagine que Nina Simone vivait ça en jouant Sinnerman, en mettant toute sa vie dans sa chanson, une vie déchirée, écorchée, mais qui gardait en filigrane, une flamme vivace, et un écho de Barbara..


Ils ont beau vouloir nous comprendre
Ceux qui nous viennent les mains nues
Nous ne voulons plus les entendre
On ne peut pas, on n'en peut plus
Et tout  seul  dans le silence
D'une nuit qui n'en finit plus
Voilà que soudain on y pense
A ceux qui n'en sont pas revenus

Du mal de vivre
Notre  mal de vivre
Qu'ils devaient vivre
Vaille que vivre

Ou de Ferrat..


Chanter
C'est parfois comme un mélodrame
Chanter
Où face à face avec soi-même
On joue sa vie à qui perd gagne
Avec le temps qui vous désarme
Chanter n'est pas faire semblant
Chanter n'est pas faire semblant


Pour ces trois dernières chansons, le 26 Septembre à Meaux, merci Véronique Sanson de ne pas avoir fait semblant.


Et Boby Lapointe pourrait conclure « Comprend qui veut, comprend qui peut »


Car  « On dit que mon regard est déjà flou, Que c’est une chance que je tienne debout, Que ma chandelle est presque à bout... »  (Visiteur et voyageur, 1992)  méfiez-vous des a-priori et des idées préconçues.


Et ce matin, 29 Septembre, je viens de retrouver la trace de mon fameux Sinnerman de 12 minutes, on n’est jamais à l’abri d’une bonne nouvelle.


Norbert Gabriel

"Chanter avec sa vie plutôt qu'avec sa voix" est une phrase de Lara Guiaro, comédienne qui chante.

NB : il y a un peu plus d’un an les éditions Tirésias ont publié un superbe ouvrage d’entretiens dans la série « Elles et eux »   «Elles et eux et la chanson» dans lequel 66 artistes parlent de leur métier, et des raisons qui les ont poussé dans cette voie, il en ressort que pour beaucoup, c’est une souffrance... et comme toute souffrance, il faut bien essayer de l’ exorciser.  Cet ouvrage remarquable est toujours disponible.

http://www.editionstiresias.com/pages/catalogue.php?cat=12




18.09.2009

Plongée estivale

 

Plongée estivale ... dans ma discothèque

Il y a parfois de grandes décisions qui ne peuvent plus souffrir tergiversations, remise aux calendes grecques, égyptiennes ou sumériennes.

Le projet est né le 17 Janvier, à cause d’une humiliation domestique, dont je vous résume l’avanie : nous devisions entre amis des qualités de nos artistes préférés, et ayant évoqué une pure merveille des années 1978-79, je voulus en faire la démonstration immédiate par l’écoute d’un extrait, et ... horreur-malheur, impossible de mettre la main sur le disque en question. Je ne vous raconterai pas les commentaires ricaneurs,

Ainsi, un gros ménage avec classification ra-tion-nel-le de ma discothèque s’imposait ; quand c’est dit, c’est dit, hop-là ! A moi l’alphabétisation ordonnée de mes rayons de musiques.

Les soucis, dilemmes, problèmes ont commencé à la lettre A.

Avec les Castafiore Bazooka, dont le nom ne commence pas un « A » mais dont le premier et mythique album « Au cabaret des illusions perdues » voisine en entrée de jeu avec « le Kabaret de la dernière chance » de Pierre Barouh. Qui ne commence pas par un « A» lui non plus. Alors pourquoi, dites-vous? Pourquoi quoi réponds-je (de toilette) ?? Oui d’accord, c’est à cause du triple album Boby Lapointe qui rigole à côte de la chaîne...

Pour faire un tube de toilette
En chantant sur cet air bête
Avec des jeux de mots laids
Il faut pondre des couplets
(Permets que je te réponde
C'est sûr, faut que tu les pondes)
Bon, mais que dois-je pondre ?
Que ponds-je ? Que ponds-je ?
(Le dernier mot qui t'as servi était : « Ponds-je »)
Serviette éponge ! Parfait !

Qu’est-ce que je disais ? Ah oui, pourquoi le cabaret des Castafiore est au tout début ? à cause du coffret. Ce mythique premier album, 3000 exemplaires seulement est un collector de chez Collector. Ne cherchez pas, vous ne le trouverez plus. D’abord, superbement décoré par le grand Ricardo Mosner, ensuite, entièrement plié-monté-collé à la main par les Castafiore elles-mêmes, première configuration du groupe, j’en fus témoin. Avec à l’intérieur, la petite vignette, « Ne pas passer en machine » Cet objet d’art et d’artisanat ayant un format particulier, et une valeur inestimable, il était logique qu’il figurât en première ligne. Et Cabaret pour Kabaret, celui de la dernière chance était logiquement à côté de celui des illusions perdues. Logique.

Dans cette même organisation cohérente, il y a Henri Crolla qui jouxte Yves Montand, parce que Crolla a été l’indispensable compagnon musical de Montand. Voilà pourquoi un classement simplement alphabétique est parfois complété, ou supplanté, par un classement par affinités. Idem pour le jazz, il est parfaitement logique que tous les disques de guitare jazz soient ensemble, et dans cette famille, tous les guitaristes jazz manouche, sont réunis.

Vous n’allez pas me dire que ce n’est pas cohérent ?

Et puis comme j’ai mis le cabaret des Castafiore Bazooka en tout début, je suis bien obligé de mettre avec « Les îles du désir » leur deuxième album.

Pour Céline Caussimon et Jean-Roger Caussimon, pas de problème. Pour Moustaki, Mouloudji, non plus,  Pauline Julien et Anne Sylvestre sont côte-à-côte. Affinités très fortes. Indissociables sorcières comme les autres.

J’en étais donc à l’examen des nouvelles dispositions, j’avais sorti tous les albums, posés par terre en piles, bien classées, prêtes à réintégrer les rayons, quand j’ai eu envie de réécouter cet album de Jacques Yvart, une sorte de compil-CD , qui m’a laissé sur ma faim, parce que ce best-of selon l’éditeur n’est pas mon best-of à moi, il y manque ce joyau: « La saga de l’aigle, de l’ours de mer  et de la petite fille » un conte musical de 9 minutes 15, une merveille, vous-dis-je !.

Je suis donc allé illico presto extraire l’album « Chansons insulaires » bien rangé dans une autre pièce, dans mon classement vinyle qui est articulé autour de deux critères de base : la rareté de l’objet et son indice affectif. Et dans le même coin, il y avait le coffret « Dix ans de Ferrat » et aussi « Dix ans de Saravah » qui recèle quelques pépites que j’ai réécoutées avec une jubilation extrême. Comme « La nuit des masques » enregistrée dans la chapelle de Carpentras par Dominique et Pierre Barouh. Et aussi un « Tango » d’Higelin pas piqué des vers, (le Tango, pas Higelin, quoi que non, lui non plus n’est pas piqué, des vers en tout cas...). C’est juste à côté du coffret Saravah, qu’il y a quelques introuvables, mes deux divas majeures, Elisabeth Caumont, et Elisabeth Wiener, (tiens penser à récupérer un album super extra collector que je lui ai prêté, elle ne l’avait plus...) Et puis, mon cher album, avec « La Joshua » des Enfants Terribles, 1974, ça n’a pas pris une ride dans les sillons... Même pas repris dans le CD réédité il y a 3 ou 4 ans.

Et d’une chose à l’autre, ré-écouter ces précieux albums vinyles introuvables, les remettre soigneusement dans leur classement affectif, ça m’a pris plusieurs jours. Pendant ce temps, les CD étaient toujours en piles sur le sol de la salle à tout faire, salon, salle à manger ou salle à ranger les disques. Et puis, Shamanou s’est occupé de mes piles de CD, bien sages par terre et par ordre alphabétique, enfin quand je dis occupé... Il faisait la sieste (la troisième de la journée) quand une bestiole volante a survolé les empilements, Shamanou a des réflexes foudroyants, la bestiole volante ne s’en n’est pas remise. Les empilements non plus, un chat qui décolle et atterrit sur des boitiers CD empilés, c’est l’éboulement, le tas informe, et sur ces entrefaites, voilà que s’annonce une visite que j’avais oubliée. J’ai tout remis n’importe comment dans les rayons (sauf les cabarets qui sont bien rangés, au début, voir au début pourquoi)

Et le lendemain, le problème était toujours irrésolu, voire aggravé. Et là, dans ce grand n’importe quoi, je vois Romain Didier qui voisine avec Louis Ville et Michèle Bernard...

Ah ... Bin, finalement, « Des nuits noires de monde » et « Tom du Mali » et « Ne te retourne pas » ça va bien ensemble ... Comme Leprest et Dan Bigras.

Résultat des courses, nous avons décidé, Shamanou et moi, de réfléchir à une nouvelle proposition de rangement, ça va bien nous prendre 9 mois, donc je vous dirai à la fin de l’été 2010 comment on a solutionné la question. Et si on l’a solutionnée.

Post-scriptum : maintenant, j’ai une autre pile, une nouvelle, celle de toutes les merveilles provisoirement oubliées qui sont revenues à la surface, il y a des CD d’aujourd’hui, des albums 33 T,  et même des 45 T, et tout ça squatte un meuble à côté de la chaîne. Un meuble qui n’est pas prévu pour ça a priori... Va falloir étudier la question... Je me demande si c’était une bonne idée, ce classement, voilà que ça se complique d’agencement mobilier.

PS bis : cette plongée dans les archives s’accompagne d’un coup de rage contre les crétimbéciles qui sont chargés de faire les rééditions en CD des albums originaux, qu’ils n’ont pas écouté la plupart du temps ; de plus il y a l’arnaque à la remastérisation, censée donner un son plus « moderne ». Pourquoi je dis « qu’ils n’ont pas écouté ? » Parce que ! Dans un album de Tri Yann, il y a une petite intro musicale qui met en situation une chanson sur l’Irlande, mais dans la réédition CD, elle a disparu. Idem pour le double album d’une comédie musicale, « Mégalopolis » un texte parlé introduit une chanson, que l’on ne comprend pas si on n’a pas eu cette liaison, eh bien une version CD « remasterisée » a effacé cette liaison. On nous rajoute des bonus, des trucs qu’on a trouvés dans les cagibis, pour faire du remplissage, mais pas foutus de rééditer une tragi-comédie musicale en respectant le livret. Si ça se trouve, ils ne savaient même pas ce que c’était, pourquoi pas une suite de chansons qu’on aurait pu arranger dans un ordre  plus commercial ... Une bonne raison de fulminer contre ces margoulins des majors qui font n’importe quoi pourvu que ça coûte le moins cher, et que ça rapporte un max.

Néanmoins dans les CD à 3 € qui rééditent systématiquement tout ce qui est libre de droits SDRM, on peut retrouver des raretés oubliées, comme « Dans ma rue » par Edith Piaf, un enregistrement de 1946, dont les 4’30  ont dû faire peur aux producteurs, car hormis un album de 1958, il n’a jamais été repris, et cet album de 1958 a été très peu diffusé. J’ai trouvé ça en faisant le badaud printanier du côté des Abbesses... Et Piaf montre un joli feeling blues dans cette chanson...

Et depuis des semaines et des semaines
J'ai plus d' maison, j'ai plus d'argent
J' sais pas comment les autres s'y prennent
Mais j'ai pas pu trouver d' client
J'demande l'aumône aux gens qui passent
Un morceau d' pain, un peu d' chaleur
J'ai pourtant pas beaucoup d'audace
Maintenant c'est moi qui leur fait peur

Dans ma rue tous les soirs je m' promène
On m'entend sangloter dans la nuit

Il y a comme un écho... 50 ans plus tard,

J'aim'rais qu'çà cesse – esse - esse
De s'dégrader – der – der
Sans un bénef – ef – ef
S.D.F.
Ce qui me blesse – esse - esse
C'est d'être soldé – dé – dé
Pour pas bézef – ef – ef
S.D.F.

Piaf, puis Leprest, Romain Didier, les temps ne changent pas tellement, ah si, la confiture de mûres de St Paul des Landes, Cantal, est succulente, on n’est jamais à l’abri d’une bonne nouvelle.

Norbert Gabriel

01.08.2009

Tranche de vie, et d'été.

 

Tranche de vie (et Hadopi)

 

Dimanche 5 Juillet, 23h55, Bld Barbès, Paris, dans ma voiture, j’attends tranquillement au feu rouge qui régule l’entrée de la rue Simart sur le boulevard... en écoutant une nouvelle émission de France Inter, ça parle de Cuba et de musique...

Ça pimponne derrière moi, un fourgon de police arrive à vitesse réduite, et passe benoîtement au rouge. Et continue tranquillement son p’tit bonhomme de chemin. Et ça me fait penser à Hadopi... Mais c’est n’importe quoi, gueule un diablotin intérieur qui aime susciter la polémique !!!

Mais je ne me laisse pas déstabiliser par cet olibrius virtuel, et je continue ma rotation patiente pour trouver une place de parcage pour mon char automobile ( je fais une poussée éruptive de québécois élémentaire, car je viens de raccompagner deux cousines du Québec, des vraies, qui ont teinté leur parlure de ce parfum unique made in joual) Donc, entre le feu rouge escamoté par le char policier, et la foultitude d’interdictions qui m’obligent à tourner pour trouver une place conforme aux obligations, je m’introspecte le cabochon sur toutes ces atteintes liberticides qui sont inscrites dans le code de la route. Pas spécialement parce que la loi m’en veut personnellement, mais sous prétexte d’éviter les accidents et les dommages à autrui, on m’oblige à respecter la priorité à droite, oui à droite, ce qui est une souffrance permanente pour ma conscience crypto-gaucho-anarcho-libertaire. On m’oblige à respecter des limitations de vitesse, même de nuit, sur autoroute déserte, quand mon fringant coursier 4 cylindres turbotés, freins à disques (pas des vinyles, ni des CD, c’est de la mécanique), pneus Michelin grand cru Bibendum 3 étoiles, et phares longue portée, quand ce Pégase de la route serait tout disposé à foncer à 145 chrono comme qui rigole, mais non, interdit, 130 max....

On m’oblige aussi à conduire à jeun, ou presque. Quand j’ai passé mon permis, un alcoolo motorisé responsable d’ un accident bénéficiait de circonstances atténuantes « l’a pas fait exprès, l’était saoul » Aujourd’hui, c’est circonstances aggravantes, t’as même plus le droit de manger un sandwich Bérurier en téléphonant à ton banquier, ou à ta copine, paf, P.V. !!! Quid du sandwich Bérurier ? Voilà, prendre une baguette , l’ouvrir dans le sens de la longueur, et disposer successivement trois tranches de saucisson, puis un morceau de bœuf bourguignon, puis un demi camembert, vous arrivez à l’autre bout de la baguette, il reste la place pour le dessert, une religieuse au café (ou au chocolat, c’est selon vos goûts) et pour faire glisser une demie de Beaujolais, ou de Rosé de Provence ; voilà un repas complet, équilibré selon les préceptes diététiques de Béru. Qu’est-ce qu’on disait au fait ?? Ah oui, c’est interdit au volant. Même au feu rouge. Que le fourgon de police escamota à 23h 55, ce dimanche soir. Bien sûr, je comprends que l’urgence d’une intervention nécessite des décisions parfois à la marge, voire hors de la marche normale des véhicules, mais là, ce n’était pas le cas, le fourgon roulotta tranquillement vers Barbès sans excès de vitesse, sans agitation superflue. Donc il y a des feux facultatifs, je ne sais pas ce qui les distingue des feux impératifs, ou alors je n’ai pas la qualification pour évaluer entre le facultatif et l’impératif, ce doit être ça.

Et pourquoi donc ça t’a fait penser à Hadopi ? M’interlocutez-vous avec à-propos ? Ben le code de la route, tiens pardi ! Le dit code a pour but d’éviter les accidents et de préserver des vies humaines, si possible. Au prix d’un arsenal de contraintes liberticides, puisque je n’ai pas le droit de franchir les stop, les lignes jaunes ou blanches, ni les feux colorés... Sauf le feu vert, qui est dans le sens de l’histoire depuis longtemps, même s’il ne le savait pas. (le vert de l’écolo, pour passer sans péril vers l’avenir)

Hadopi ,c’est comme le code de la route, ça part d’un bon sentiment, mais il faut le faire évoluer, et ne pas se tromper de cible. Et qui dit code, loi, régulation dit forcément contrainte. Le tout est d’évaluer quel sera le seuil de tolérance de ces contraintes, et les limites.

Par rapport aux années 50, un automobiliste de 2009 hurlerait à la mort devant toutes ces interdictions : interdit d’être ivre au volant, interdit de rouler à 200 avec une Ferrari, une Porsche, une Bugatti, une Jaguar, une Alfa-Roméo, une Mercédès, interdit de rouler avec 12 passagers dans une Fiat 500, ou une Deuche Citron, interdit de rouler sans assurance, ben oui, l’assurance auto n’est devenue obligatoire qu’en... 1958 !

Toutes ces contraintes qui ont amputé la liberté de l’automobiliste ont été imposées pour des questions de sécurité. Comme la ceinture du même nom. Quel était l’alibi d’Hadopi ? Préserver la création mise en danger par l’idée que tout étant gratuit sur Internet, il est devenu inconcevable pour pas mal de gens d’acheter de la musique, c’est totalement has-been comme attitude, et pour beaucoup l’idée de droit d’auteur est une notion surréaliste, qui n’aurait plus lieu d’exister... Ce qui nécessite des mises au point sur le statut de l’artiste, et rapidement.

Car tout le monde est bien d’accord pour payer l’ordi, les abonnements, les fournisseurs d’accès et tout le fourbi, on veut bien payer les tuyaux, mais pas ce qui circule dedans. J’aimerais bien que ça fonctionne aussi pour le carburant de ma vénérable voiture, mais non... C’est bête... Je dois être un peu has-been comme type.

Bon, il faut que j’y aille, traverser la France (en respectant les feux rouges) pour aller faire des confitures de mûres avec Luc et Clara, et pouvoir m’arsouiller au passage avec les pavés montargois, les nougâtines de Nevers, les pastilles de Vichy, pour la digestion sereine, et à moi les succulences fromagères du Cantal, de l’Aubrac et autres paradis verts. Et les derniers bulletins du front m’informent que la récolte de mûres s’annonce généreuse. On n’est jamais à l’abri d’une bonne nouvelle.

 

Norbert Gabriel

 

Pour la route agréablement musiquée à la carte, quelques bons vieux disques "L'homme de la Mancha" donnera la sérénade à la toute nouvelle  "Princesse Micomiconne", avec  un "Zipholo" de Chris Gonzales, et je suis en vue de Montaligère, et justement l'écho de Ricet...

Cré vin dieu!

Voilà l'été, les vacanciers vont arriver
Y s'en viennent on sait pas d'où
Y s'en vont par un autre bout
Voilà l'été, c'est l'invasion des vacanciers.


C'est les vacances, c'est la transhumance
Les vacanciers, c'est comme les sauterelles
Quand ça tombe, c'est pire que la grêle
D'un seul coup, on en voit partout
Y a vraiment que la pluie qu'arrive à en venir à bout, ouh!


C'est les vacances, c'est la transhumance
Les vacanciers, y sont comme la pluie
Quand elle vient, on lui dit merci
Mais on se sent mieux quand elle est partie
Cré vin dieu!
Voilà l'été, les vacanciers vont arriver
Y a qu'une chose que je comprends pas
C'est pourquoi qu'y viennent ici
Moi, quand je veux des belles vacances
Je monte à Paris
!

28.03.2009

L'alouette en colère

 

 

C’était dans un autre temps, un autre continent, un autre siècle, les années 1970, au Québec.

Et pourtant, cette chanson résonne comme une prophétie... Deux couplets sont spécifiquement québécois, mais le reste est quasi universel, et en tout cas, très « hexagonal »

C’est le dernier couplet qui me squatte la mémoire depuis quelques mois... La colère ...

 

Et moi je sens en moi, Dans le tréfonds de moi, Malgré moi, malgré moi ,

Pour la première fois, Malgré moi, malgré moi, Entre la chair et l’os , S’installer la colère.

 

L’alouette en colère

J’ai un fils enragé
Qui ne croit ni à dieu
Ni à diable, ni à moi
J’ai un fils écrasé
Par les temples à finances
Où il ne peut entrer
Et par ceux des paroles
D’où il ne peut sortir

J’ai un fils dépouillé
Comme le fût son père
Porteur d’eau, scieur de bois
Locataire et chômeur
Dans son propre pays
Il ne lui reste plus
Qu’la belle vue sur le fleuve
Et sa langue maternelle
Qu’on ne reconnaît pas

J’ai un fils révolté
Un fils humilié
J’ai un fils qui demain
Sera un assassin

Alors moi j’ai eu peur
Et j’ai crié à l’aide
Au secours, quelqu’un
Le gros voisin d’en face
Est accouru armé
Grossier, étranger
Pour abattre mon fils
Une bonne fois pour toutes
Et lui casser les reins
Et le dos et la tête
Et le bec, et les ailes
Alouette, ah !

Mon fils est en prison
Et moi je sens en moi
Dans le tréfonds de moi
Malgré moi, malgré moi
Pour la première fois
Malgré moi, malgré moi
Entre la chair et l’os
S’installer la colère

 

 

Entre l’humeur, l’humour et la chanson, les temps présents m’incitent plus à l’humeur, et à l’humeur grognonne qu’à l’humour pétillant et léger comme un millefeuille de bonne naissance, accompagné d’un champagne du même tonneau.

L’hexagone gaulois m’exaspère globalement, le monde et ses quatre coins me désoblige la géographie élémentaire, tout autant que les quatre coins de l’hexagone me perturbent la géométrie primale.

De quelque côté que je me tourne, ça tourne pas rond, et pour la Terre, c’est préoccupant.

Si elle avait quatre coins, on comprendrait que ça tourne carré, mais pour une presque sphère, c’est embêtant.

 

O pleure, pleure, ma mère la terre
Des larmes de siècles et de sang
O pleure, pleure des gouttes d'océan.*

 

 

La terre est une femme, les guerres sont ses règles,

comme disait Staline aux gars du Ku-Klux-Klan

Ainsi chantait Herbert Pagani en 1972.

 

Les temps sont difficiles... Y en a marre, eh oui Léo, y en a marre !

On me dit que c’est le printemps, que le joli Mai va chanter, je veux bien le croire, on n’est jamais à l’abri d’une bonne nouvelle.

 

Norbert Gabriel

 

* Avec Michel Fugain et Claude Lemesle (la bête immonde)

 

Dernière heure: ce n'est plus de l'humeur, mais de la rage... Un rappeur Orelsan, invité dans des festivals importants a écrit, composé, filmé une chanson dans laquelle il promet à sa copine infidèle "de l'éventrer avec un Opinel". Ladite chanson n'étant pas prévue en scène, les programmateurs maintiennent "leur choix artistique". C'est comme si on invitait Le Pen en disant qu'il ne parlera pas des détails qui fâchent. Le texte de cette hum-chanson est immonde, mais c'est de la création selon les contorsions sémantiques des producteurs. Bon. Et certains commentaires dans les forums parlent d'humour, de liberté d'expression, de banalité dans les conflits conjugaux.

01.01.2009

Lettre pour 2009

 

 

Nous voici en 2009, Bonne Année, Bonne Santé, et caetera. Ce sera une année de récession, sauf pour les travailleurs pauvres et les chômeurs qui sont en expansion. Les SDF meurent dans les rues, les prisons débordent, les hôpitaux aussi, et étant donné les perspectives socio-économiques, ça va pas s’arranger, la précarité a toujours généré de la délinquance (ça commence avec un chèque sans provision dans les statistiques) et une fragilité sanitaire, moins d’argent, moins de soins, et on n’a plus que les urgences pour se soigner, d’où les sursaturations de ces services.

Nous avons des éminences gouvernementales qui s’occupent de tout ça, avec une efficacité dans la communication qui fait penser que tous les ministres ont reçu des lunettes roses dans leur maroquin ministériel (quand je dis « rose » n’y voyez pas de couleur politique) et demain ça sera vachement mieux, et même on rasera gratis ; en attendant, on nous prie de serrer les ceintures, et pour éviter les sollicitations qui induisent des frustrations, plus de pub dans les télés publiques. Les antiques potentats romains savaient qu’ils pouvaient se permettre pas mal de choses tant que le peuple avait du pain et des jeux. Nos contemporains potentats ont bien compris une partie de la leçon, pour les jeux ça va, pour le pain, ça va parfois moins bien. Heureusement, il y a les Restos du Cœur, et Emmaüs, mais une société moderne peut-elle se défausser de ses obligations de base sur des associations bénévoles ?

J’aimerais bien chanter quelque mélodie guillerette pleine de fantaisie et de joie de vivre, personnellement j’ai un penchant pour l’optimisme, mais, à moins d’habiter dans une campagne préservée des agitations et des convulsions urbaines, sans journaux ni télé pour ne pas voir les misères du monde, j’ai un peu de mal à yodler lala-ï-tou avec serpentins et cotillons. Pour une fois, je n’ai pas de chanson en situation, mais c’est un chanteur, poète, saltimbanque magnifique qui est mon invité, avec une lettre que les moins de 33 ans ne connaissent peut-être pas, pour les autres, ce sera un rappel. Dans un drame personnel majeur Julos Beaucarne a écrit à ses amis, au cours de la nuit même qui a suivi la mort de sa femme*, la lettre que voici:,

Amis bien-aimés,

Ma Loulou est partie pour le pays de l'envers du décor, un homme lui a donné neuf coups de poignard dans sa peau douce. C'est la société qui est malade, il nous faut la remettre d'aplomb et d'équerre par l'amour et l'amitié et la persuasion.

C'est l'histoire de mon petit amour à moi, arrêté sur le seuil de ses trente-trois ans. Ne perdons pas courage, ni vous ni moi. Je vais continuer ma vie et mes voyages avec ce poids à porter en plus et mes deux chéris qui lui ressemblent.

Sans vous commander, je vous demande d'aimer plus que jamais ceux qui vous sont proches ; le monde est une triste boutique, les cœurs purs doivent se mettre ensemble pour l'embellir, il faut reboiser l'âme humaine. Je resterai sur le pont, je resterai un jardinier, je cultiverai mes plantes de langage. A travers mes dires vous retrouverez ma bien-aimée ; il n'est de vrai que l'amitié et l'amour. Je suis maintenant très loin au fond du panier des tristesses. On doit manger chacun, dit-on, un sac de charbon pour aller en paradis. Ah ! Comme j'aimerais qu'il y ait un paradis, comme ce serait doux les retrouvailles.

En attendant, à vous autres, mes amis de l'ici-bas, face à ce qui m'arrive, je prends la liberté, moi qui ne suis qu'un histrion, qu'un batteur de planches, qu'un comédien qui fait du rêve avec du vent, je prends la liberté de vous écrire pour vous dire ce à quoi je pense aujourd'hui : je pense de toutes mes forces qu'il faut s'aimer à tort et à travers.

Julos Beaucarne

*Le 2 février 1975, un déséquilibré a poignardé Louise-Hélène-France, Loulou. Dans tous les débats sur la loi du Talion, le droit des victimes, sur la légitimité de la vengeance, le deuil à faire, on pourrait lire en préambule cette lettre de Julos, dont la portée universelle est de plus en plus actuelle.

 

Last but not least, malgré les vents contraires qui poussent les intermittents vers des terrains malaisés, sablonneux, escarpés, voire sans issue, la scène et les spectacles vivants bougent encore avec vaillance, et là, on partage des moments qui rendent heureux, un peu plus longtemps que le temps d’une chanson. Merci à ces artistes qui ne capitulent pas, et qui continuent à engendrer un peu de beauté humaine (merci et salut à Pierre Barouh), et grâce à ces petits moments choisis, et partagés, et en attendant la bonne année, on peut se dire qu’on n’est jamais à l’abri d’une bonne nouvelle.

 

Norbert Gabriel

 

16.10.2008

le chat de la voisine

 

Le chat de la voisine

 

Le romantisme écologique des accords de Grenelle se frotte, au réalisme économique et se disperse au gré des ajustements réalistes.. C’est comme les grands discours d’avant les JO de Pékin, tout le monde y est allé de déclarations d’intentions définitives et de convictions affirmées, surtout de Paris, et tout le monde y est allé pour constater que le pouvoir chinois a fait ce qu’il a voulu, comme il a voulu, sans aucun respect pour les vagues promesses faites sur le plan libertés individuelles et/ou publiques. Et tous les représentants, gouvernants, éminences ont fait la génuflexion devant le réalisme économique.

En d’autres temps, un certain Adolf H avait dit « les démocraties ne bougent jamais » et de fait, la grande démocratie US a bougé quand la dictature bolchevique était en passe de faire plier les nazis. Hitler, pourquoi pas, mais le communisme, non.

Autres temps et mêmes histoires : en 1954, en plein hiver, des gens meurent de froid dans les rues de Paris, pas des clodos, des travailleurs pauvres qui ne peuvent se loger. Le gouvernement compatit et se désole, nous n’avons pas d’argent pour construire des logements. Quelques mois plus tard, la guerre d’Algérie commence, et l’état trouve un milliard de francs par jour.... Pour situer, c’est l’équivalent de 5000 Smic par jour, combien de logements ça fait ? Allez dans les 30 000 par an... De quoi loger quelques familles...

En 2008, il parait qu’en Octobre le nombre de chômeurs officiels n’a jamais été aussi bas depuis 1983. Les chômeurs ne doivent pas être au courant, étant donné le nombre de travailleurs mal logés, ou pas logés du tout, idem sur les marchés, le nombre croissant (enfin un chiffre qui croît !) de personnes seniors qui chinent les surplus et déchets de fin de marché... c’est sans doute ce que nos énarques appellent la croissance négative, que d’aucuns médisants nomment décroissance positive. Vous dansiez la carmagnole, citoyens, eh bien déchantez maintenant que vous avez un peu oublié le sens de la lutte et de l’engagement. Mais tout n’est pas si noir, dans les caisses vides de l’état, comme disait un certain, on vient de trouver quelques centaines de milliards pour les banques. L’état libéral qui se mêle de sauver la finance, c’est Marx et Lénine qui doivent rigoler, et si on les nationalisait les banques ?

Allez, une petite chanson pour la route ?

Le chat de la voisine

 


Je ne dessin'rai pas l'homme et son agonie
L'enfant des premiers pas qui gèle dans son nid
Je ne parlerai pas du soldat qui a peur
D'échanger une jambe contre une croix d'honneur
Du vieillard rejeté aux poubelles de la faim
Je n'en parlerai pas, mieux vaut ce p'tit refrain

Le chat de la voisine
Qui mange la bonne cuisine
Et fait ses gros ronrons
Sur un bel édredon dondon
Le chat de la voisine
Qui s'met pleines les babines
De poulet, de foie gras
Et ne chasse pas les rats
Miaou, miaou
Qu'il est touchant le chant du chat
Ronron, ronron
Et vive le chat et vive le chat

Miaou, miaou
Qu'il est touchant le chant du chat
Ronron, ronron
Et vive le chat et vive le chat...

 

Brève de chronologie : Yves Montand a chanté Le chat de la voisine, dans les années 56-57, quand on le vilipendait de ses engagements socio-politiques trop marqués, c’est une bonne réponse, quand on conteste aux saltimbanques le droit à l’expression citoyenne (auteur de la chanson, René Lagary).

Mon chat me conseille vivement de prendre cette chanson au premier degré, et de modifier son régime en conséquence. L’édredon, il l’a déjà, il m'a piqué le mien, pour le reste, que dalle ! Du foie gras, et pourquoi pas du caviar tant qu’on y est.

Mais les pauvres vont pouvoir travailler le dimanche au lieu de regarder le sport à la télé en grignotant des choses qui font grossir, ça montre qu’on n’est jamais à l’abri d’une bonne nouvelle.